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"Les banques font globalement une pause dans la croissance de leurs réseaux"

En 2016, en zone franc, les réseaux d'agences des grands groupes bancaires se sont assez peu développés tout en étant en phase active de conquête de la clientèle. Décryptage de ce phénomène paradoxal.
propos recueillis par Frédéric MAURY
Retrouvez l'article au format PDF en cliquant ici > DEVLHON Consulting dans Jeune Afrique spécial Finance  
En une demi-douzaine d’années, les banques de détail subsahariennes ont étendu comme jamais leurs activités sur le continent, la crise n’ayant que peu amendé leurs ambitions. Tandis que ce mass market de 400 à 500 millions de clients potentiels offre de fortes perspectives à long terme, les défis de mise en œuvre restent importants, réduisant la rentabilité immédiate. Pour les majors bancaires africains, la question n’est plus de savoir « si » il faut part
iciper au mouvement, mais « comment » y prendre part. Après une décennie 80 « tragique » sur le plan bancaire, l’émergence d’acteurs continentaux, profitant notamment d’un renchérissement inédit des matières premières, a dessiné les contours d’un nouveau pays age bancaire subsaharien tout au long des années 1990. Depuis le milieu des années 2000, cette recomposition s’est accélérée avec le décloisonnement des zones géographiques, l’adaptation – voire l’innovation – des produits et l’intensification de la conquête des clientèles retail, jusqu’ici délaissées. Cette mutation a
suscité l’espoir d’un vrai décollage de la bancarisation à l’échelle du continent africain. Une consolidation rampante et des rapports de force qui évoluent Le paysage actuel puise ses racines dans cette prem ière rupture. Depuis le début des années 2010, le secteur est entré dans une phase de structuration et de première maturité des modèles. Cet
environnement est censé créer les conditions nécessaires pour capter pleinement les nouvelles potentialités.
Si l’ensemble des acteurs tirent leur épingle du jeu, les plus gros se distinguent. C’est le cas :
• des groupes bancaires marocains (Attijariwafa et BM CE via Bank of Africa), qui ont maintenant plusieurs années de recul sur leur o ffensive africaine ; leur émulation se renforce avec l’entrée dans le jeu depuis 2012 de la Banque
Centrale Populaire, désormais présente dans neuf pays subsahariens. Les acteurs marocains dépassent les parts de
marché des leaders locaux ou occidentaux dans certains pays de la zone UEMOA et sont jusqu’à cohabiter à trois sur le marché ivoirien ;
• des banques sud-africaines : après quelques années assez timides, les « Big four » (FirstRand, Standard Bank, Nedbank, Absa) cherchent à rééquilibrer leur présence en renforçant leur relativement faible exp osition au continent (moins de 15 % de leurs activités) ;
• des banques nigérianes, que le gigantisme du marché domestique, les restrictions imposées à l’international par la banque centrale et les restructurations de type AMCON [1] cantonnent toutefois au seul territoire national ;
• des stratégies d’alliance, en témoignent la montée optionnelle à hauteur de 20 % du sud-africain Nedbank dans le capital de la plus large franchise bancaire africaine, Ecobank, et le passage des huit implantations de Barclays en Afrique
sous la coupe d’Absa (détenue par le groupe Barclays).
Cette « bancafricanisation », qui s’apparente à une consolidation et à une course à la taille sur une échelle continentale, s’est cristallisée depuis le milieu des années 2000 autour de quatre segments :
• « G1 – Groupes africains continentaux » : groupes b ancaires à capitaux nationaux africains opérant en dehors de leur marché domestique (Standard Bank en Afrique du Sud, Attijariwafa au Maroc, UBA au Nigéria) ;
• « G2 – Groupes panafricains ou pan-régionaux » : groupes bancaires à capitaux africains et à forte composante « transnationale » (Ecobank, Bank of Africa...) ;
• « G3 – Groupes extra-continentaux » : filiales issues de groupes à capitaux non africains (Société Générale, Barclays, Standard Chartered...) ;
• « G4 – Groupes bancaires focalisés par pays clés » : par exemple KCB, très centré le marché kenyan et la zone EAC.
Selon les analyses de Devlhon Consulting, les groupes G1 et G2 ont été les plus dynamiques en termes d’expansion de leurs réseaux retail (respectivement +12 % et +9 % d’ouverture d’agences entre 2006 et 2010, contre +2 % pour le groupe G3). La principale motivation des majors africaines découle d’un palier de saturation de leur marché domestique (essoufflement de la distribution de crédits, gel des positions), qui les pousse à chercher des relais de croissance.
Il en résulte une  internationalisation continentale comparativement forte au regard des autres zones émergentes et de la dynamique du commerce inter-régional africain.
26 janv. 2017
La Capitalisation bancaire, une dynamique sous pression
Les grands groupes bancaires émergents ne sont pas à l'abri des turbulences sur les devises [...]
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Alors que deux banques chinoises, Industrial & Commercial Bank of China (ICBC) et China Construction Bank figuraient parmi les trois premières capitalisations bancaires du monde il y a tout juste un an, la situation a évolué avec le retour de la confiance des investisseurs envers les établissements financiers des pays occidentaux. Autour de 1.049 milliards de dollars à la mi-2013, la capitalisation cumulée des 15 principaux groupes originaires des pays émergents a reculé de 2 % entre 2011 et mi-2013, après une hausse de 19 % entre 2006 et 2011. Celle de leurs consœurs occidentales a en revanche nettement rebondi (+43 % entre fin 2011 et mi-2013), selon Devlhon Consulting. Toutefois, quatre groupes chinois font toujours partie du top 10 mondial, tandis que la brésilienne Itaú prend la 27e place et la Russe Sberbank, la 29e (pour une seule française dans les 30 premières, BNP Paribas). Au-delà des trajectoires boursières, l’essoufflement des grandes banques émergentes se note dans le ralentissement de l’expansion de leurs réseaux depuis deux ans (voir le tableau p.28). Même pour les plus dynamiques, les taux de croissance tournent aujourd’hui autour de 4 % ou 5 % plutôt que les 8 % ou 9 % des dernières années, selon l’Emerging Banking Benchmark 2013 de Devlhon Consulting. « Dans les Brics et les Mints (Mexique, Indonesie, Nigeria et Turquie), les taux sont même régulièrement passés sous la barre des 3 % depuis quelques mois  », remarque Yoann Lhonneur, associé chez Devlhon Consulting. En cause, les difficultés économiques de certains pays, mais aussi des facteurs structurels : « Certaines grandes émergentes sont arrivées à un palier en termes de croissance de crédit, notamment dans la banque de détail. Compte tenu des tensions sur les taux, elles doivent aujourd’hui diversifier leurs activités, et faire face à la contraction de leurs revenus d’intérêt, notamment en s’appuyant davantage sur les services à commission », ajoute-t-il. Avance sur leurs consœurs occidentales Les banques des pays émergents conservent une avance sur leurs compétiteurs occidentaux en termes de croissance des encours de crédits distribués et en termes de dépôts collectés. Moins contraintes par la réglementation, marginalement exposées aux activités de marché, elles bénéficient de surcroît de facteurs de croissance puissants : une population jeune, faiblement bancarisée, et un coefficient d’exploitation de 15 à 20 points de base de moins que leurs consœurs occidentales, grâce à des coûts de distribution plus faibles, une courbe d’investissement plus jeune et des technologies plus légères . « C’est le cas des banques turques, qui ont bien réfléchi à leur efficacité opérationnelle grâce notamment à des back-office centralisés. Mais aussi de leurs réseaux : on compte souvent des ratios de trois ou quatre DAB pour une agence. Par ailleurs, sur les mega-marchés, il est plus facile de réaliser des économies d’échelle », remarque Yoann Lhonneur. Ces groupes financiers ne sont toutefois pas à l’abri de la tourmente qui emporte actuellement les pays émergents. Ils sont particulièrement exposés à la conjoncture du fait de la faiblesse des marchés financiers locaux, du manque chronique d’épargne domestique (sauf dans le cas chinois), et de marchés interbancaires peu développés, voire inexistants, ce qui pèse sur le financement à long terme. « La gestion de la liquidité et la dépendance aux banques centrales est un problème structurel », note Alexandre Kateb, directeur associé chez Compétence Finance. Les banques turques sont concernées en tout premier lieu, alors que la banque centrale a passé son taux repo hebdomadaire de 4,5 % à 10 % le 28 janvier. « Face à l’absence de liquidité et au manque d’épargne dans le pays, elles émettent des obligations en euros. Elles sont donc particulièrement vulnérables à une crise de change. De plus, l’augmentation des taux d’intérêt de la banque centrale va renchérir le refinancement en monnaie locale et la crise économique augmenter le nombre de créances douteuses ». Les banques indiennes devraient aussi pâtir de la hausse du taux directeur de la banque centrale indienne le 27 janvier à 8 %. Selon une note de Standard&Poor's sur les risques bancaires datée d’octobre 2013, les banques indiennes font face à une triple menace : une économie à faible croissance, des taux d’intérêt en hausse et la chute de la roupie (lire aussi l’entretien). Le même cocktail devrait affecter la qualité des actifs bancaires au Brésil (lire page 31). En revanche, les banques émergentes sont relativement protégées de l’inflation : les brésiliennes ont su traverser la période d’hyper inflation des années 1990, « la rémunération de leurs actifs étant indexée à l'inflation », indique Alexandre Kateb. De leur côté, « les banques chinoises (hors ‘shadow banking’) sont peu affectées par les turbulences sur les émergents. Encore relativement peu connectées au monde extérieur, elles bénéficient du soutien intrinsèque de l’Etat et disposent de faibles activités de marché de nature mondiale (notamment sur les grandes devises convertibles). Les taux de dépôts sur prêts restent stables. L’inquiétude majeure repose sur la qualité des actifs au bilan, et le risque de réputation associé aux véhicules hors bilan », note Alexandre Kateb. Faible contrôle des risques Les difficultés économiques des Brics pourraient conduire à une augmentation des créances douteuses, et tester les modèles bancaires de risque, jusqu’ici peu développés. « Les banques émergentes ont largement sous-investi en termes de systèmes de contrôle des risques et de ‘compliance’ par rapport à leur rythme de développement. Cela pourrait se retourner contre elles alors que la crise devrait affecter la qualité des crédits », note Yoann Lhonneur. D’autant que si les émergentes ont longtemps bénéficié de contraintes moins lourdes en termes de réglementation et de régulateurs peu regardants, cet état de fait devrait changer alors que les plus grands pays se sont engagés à appliquer les réglementations de Bâle III. L’expansion à l’international reste toutefois à l’ordre du jour. Les banques marocaines ont développé une vraie politique africaine (lire page 31). Les chinoises avancent leurs pions de manière graduelle, essentiellement dans les économies les plus liées au pays, d’Asie du Sud-Est et d’Afrique notamment. « Les implantations dans les pays occidentaux sont principalement de prestige à ce stade, mais cela pourrait changer avec le développement du marché du ‘renminbi offshore’, notamment à Londres », explique Alexandre Kateb (lire aussi p. 29). Toutefois, les autres banques émergentes, russes, indiennes ou brésiliennes, n’ont pas de réelle stratégie globale ni les moyens pour en développer une. Elles s'étendent essentiellement sur une base régionale et pour accompagner l’expansion des entreprises de leur pays. La conquête des pays occidentaux n'est pas encore pour demain.
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