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Narcisse Tankam

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[:fr]BMCE Bank of Africa sous pression au sud du Sahara[:]

Posted By: Narcisse Tankam

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Alors que les besoins en fonds propres brident le développement de son portefeuille de crédits depuis des années, la banque va aussi être amputée de certains de ses revenus par la crise du Covid.

Comme en 2017 et en 2019, le groupe BMCE Bank of Africa (13,9 milliards de dirhams – 1,3 milliard d’euros – de PNB) a sollicité ses actionnaires pour renflouer ses fonds propres. Au début d’août, la banque a proposé aux porteurs d’actions de convertir les dividendes qu’ils ont perçus au titre de l’exercice achevé en décembre 2019 en nouvelles parts du capital, soit environ 1 milliard de dirhams. Pour encourager l’ensemble du tour de table à participer, les actionnaires historiques, FinanceCom, RMA et SFCM ont annoncé leur contribution avant même l’entame de la collecte. En plus du pressant besoin de financement pour son plan stratégique, le groupe implanté dans 31 pays – dont 20 situés en Afrique – doit répondre aux exigences des différents régulateurs.
En 2018, la banque avait estimé son besoin en fonds propres à environ 6,5 milliards de dirhams pour ne pas entraver le développement de son portefeuille de prêts.
En juin 2019, le groupe britannique CDC avait apporté 1,9 milliard de dirhams pour prendre 5 % du capital de la banque marocaine. « L’argent injecté par CDC n’aura servi qu’à combler l’impact de la réforme IFRS 9 » (entrée en vigueur en 2018, la norme modifie en profondeur les règles actuelles de classement et d’évaluation des actifs financiers), fait savoir un analyste financier. Le groupe BMCE devra chercher 2 milliards de dirhams supplémentaires entre 2021 ou 2022 si la situation économique ne s’arrange pas. Selon nos informations, le personnel aura, lui, la possibilité de prendre des parts du capital à hauteur de 1 milliard de dirhams. « Les fonds propres de BMCE-BOA demeurent relativement modestes, malgré une légère amélioration consécutive aux injections de capitaux en 2019. Cette situation limite la capacité de la banque à absorber les pertes potentielles, ce qui pourrait créer un nouveau besoin d’injections de capitaux dans un environnement difficile », note Moody’s dans son analyse.

Équation compliquée

« La banque doit poursuivre son développement, augmenter sa rentabilité opérationnelle, alors que dans le même temps elle est pénalisée par un niveau trop faible de fonds propres. C’est une équation compliquée liée aux contraintes réglementaires qui vont peser sur elle au moins jusqu’en 2022 dans les pays de la région Uemoa », explique Yoann Lhonneur, directeur associé du cabinet Devlhon
Consulting, pour qui la BMCE-BOA demeure néanmoins un établissement robuste. La période est d’autant plus délicate pour la banque qu’à la surveillance du niveau des ratios prudentiels s’ajoutent les terribles conséquences de la crise du Covid-19. Toutes les analyses prédisent un ralentissement économique important sur le continent, lequel se traduira notamment par une détérioration de la qualité des emprunteurs. Cette perspective inquiète la banque, dont le portefeuille de crédits au sud du Sahara connaît déjà une hausse des créances en souffrance. Elles sont passées de 8,2 % en 2017 à 9,1 % l’année dernière. Certes, ce niveau reste en deçà de la moyenne du secteur en Afrique subsaharienne (11,4 %) selon les statistiques de Moody’s, mais il est probable qu’en raison de la conjoncture économique globale, la dégradation se poursuive au cours des prochains exercices. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’agence américaine a changé les perspectives de sa notation, en les passant de « stables » à «négatives».

Absence de garanties

« Conscients de cette tendance, les marchés subsahariens ont montré ces dernières années un moindre appétit pour le risque», a constaté Yoann Lhonneur. Avant de procéder à des augmentations de capital entre 2017 et 2019, la banque avait déjà en partie fermé le robinet des crédits en ne sélectionnant que les dossiers les plus sûrs. Connu pour être élitiste, BMCE-BOA finance en priorité les projets gouvernementaux et détient aussi de grandes parts sur le marché des fonctionnaires.
Cette sélectivité permet à la banque de générer en Afrique subsaharienne 33 % de ses revenus, alors qu’elle n’y distribue que 25 % de ses crédits. Cette année, en l’absence de garanties, les banques financent encore moins que d’habitude les petites et moyennes entreprises, en très grande difficulté.
Traditionnellement, dans cette zone, BMCE-BOA investit fortement dans les bons du Trésor, peu  rémunérateurs mais présentant un risque quasi nul.
Son produit net bancaire provient davantage de commissions sur des opérations d’import-export que des intérêts obtenus grâce aux prêts qu’elle octroie. La crise actuelle devrait ainsi se révéler particulièrement coûteuse pour la banque marocaine, au sein de laquelle l’optimisme habituel est néanmoins toujours de mise. Selon nos sources, les résultats enregistrés cette année reflètent déjà
l’ensemble de ces difficultés. « Parallèlement au contexte du Covid-19, la banque est confrontée à une concurrence de plus en plus diversifiée, venant des banques ou des sociétés technologiques qui fournissent des services financiers. Cette situation provoque une tension sur les prix et donc sur la rentabilité globale, alors que dans le même temps les coûts de la banque ne peuvent pas être réduits
d’autant», conclut Yoann Lhonneur.

 

EL MEHDI Berrada, pour Jeune Afrique Spécial Finance d’octobre 2020[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

[:fr]Sanlam cherche la bonne formule[:]

Posted By: Narcisse Tankam

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Deux ans après avoir jeté son dévolu sur le marocain Saham Finances, le géant sud-africain tarde à tirer le meilleur parti de cette acquisition. Mais sa direction reste optimiste.

Une grosse valorisation, une vaste empreinte géo­graphique, une pléthore
de personnalités … Quand Sanlam et Saham Finances annoncent leur mariage en
mars 2018, les ingrédients d’un événe­ment à marquer d’une pierre blanche sont réunis. Le premier assureur africain, qui se prévaut, au moment de l’opération, d’un chiffre d’affaires concernant la vente de services financiers de 58,7 milliards de rands (4,5 milliards de dollars) au titre de l’année écoulée, signe un chèque de 1,05 milliard de dollars pour acquérir la totalité des parts dans la branche assu­rances du groupe Saham, de Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie etdu Commerce du Maroc depuis 2013. « En 2018, Saham Finances a la plus grande couverture de marchés en Afrique (26 pays lors de l’acqui­sition) – hors Afrique du Sud-, et Sanlam bataille avec Old Mutual pour la place de leader en Afrique australe. Lorsque vous combinez Sanlam et Saham Finances, vous arrivez à la plus grande opération du secteur des assurances en Afrique, en dehors des réassureurs », rappelle un analyste financier. Sur le papier, le mariage est quasi parfait car les deux groupes pré­sentent des métiers complémentaires. L’assureur chérifien se positionne his­toriquement sur le créneau non-vie et le sud-africain sur celui de l’assurance vie. En fusionnant, sous la houlette de l’entité Sanlam Emerging Markets (SEM), chacun pouvait garder sa spé­cificité et poursuivre son développe­ment tout en profitant de synergies comme l’optimisation de la réassu­rance et l’amélioration de la diversifi­cation des gammes de produits.
Mais deux ans après la conclusion définitive du deal, la fusion des deux groupes n’est pas totalement abou­tie. « Chacune des deux entités est restée ans sa compétence métier, même si les synergies s’es­quissent, par exemple avec le partage d’wérience de Saham en gestion des sinistres», observe Yoann Lhonneur, directeur associé du cabinet Devlhon Consulting. « Sanlam est davantage reconnu pour les produits vie, et Saham les produits non-vie, à savoir des assurances traditionnelles rela­tives à l’automobile, à l’habitation … Toutefois, l’intégration apporte une vraie capacité à servir la clientèle des multinationales», poursuit-il.

La situation est bien prise en compte par le géant sud-africain, qui entend mener à bien ses objectifs, initiale­ment fixés à 2020. « L’intégration des entités de Saham est toujours en cours, et nous nous concentrons sur les synergies dans l’expansion des activi­tés vie (life insurance) sur les marchés de Saham historiquement dominés par l’assurance générale (general insu­rance) », explique à JA Heinie Werth, le directeur général de SEM.

Repenser les Implantations

Longtemps cantonné à l’Afrique aus­trale, Sanlam s’est massivement implanté dans les pays francophones grâce à cette fusion. Un gain qui s’est matérialisé dans les comptes du groupe sud-africain qui, après la consolidation des résultats de Saham, a dégagé des revenus en progression de près de 30 % l’an dernier, à 84,25 mil­liards de rands. L’assureur, qui compte désormais des filiales au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Côte d’Ivoire ou encore au Sénégal, doit néanmoins encore batailler pour atteindre son ambition de figurer parmi les leaders dans chacun de ces pays.
En Côte d’Ivoire – son premier marché subsaharien francophone-, Allianz, Sunu, Axa et NSIA se par­tagent l’essentiel du marché aux côtés de Sanlam. Et, bien que ce dernier reste leader sur le segment non-vie avec 52 milliards de F CFA (79 mil­lions d’euros) de chiffres d’affaires en 2018, son pendant vie est largement devancé. « Saham était historiquement très fort en IARD (incendies, accidents et risques divers), mais sur le segment vie, Sunu Assurances Vie Côte d’Ivoire [48 milliards de F CFA contre 24 mil­liards pour Saham en 2018] et Allianz Vie (27 milliards de F CFA] sont de loin les mieux implantés», nous confie un expert en assurances en Afrique de l’Ouest. Celui-ci note également que le changement de direction réalisé à la fin de 2018 et l’arrivée du Burkinabè Roland Ouedraogo en remplacement de l’architecte du développement de la filiale ivoirienne, Joël Ackah, a sans doute provoqué un « léger trou d’air, avec des pertes de portefeuilles.»
Sanlam doit par ailleurs parachever la rationalisation de sa présence dans les pays où le groupe sud-africain et Saham s’étaient tous deux dévelop­pés. Le processus a été entamé au Rwanda l’an dernier, où Sanlam a décidé de fusionner ses deux filiales Soras Assurance et Saham Rwanda, axées sur le segment vie. Mais aussi au Kenya, au mois de juillet, où il a cédé la filiale locale héritée du groupe marocain au profit de l’assureur mau­ricien MUA. Au Nigeria, la redéfini­tion de l’implantation est également en cours. Avant le rachat par Sanlam, Saham détenait une participation minoritaire dans Unitrust et une autre, majoritaire, dans Continental Re. De son côté, Sanlam disposait d’une part minoritaire dans FBN Insurance.
« Une fois le rapprochement réalisé, et afin d’éviter les doublons, le groupe a cédé sa participation au niveau d’Uni­trust en 2019. Et au vu de l’importance du marché, il a renforcé sa position dans FBN Insurance, montant à 100 % au capital», explique-t-on au siège de Casablanca. Pour l’heure, reste donc encore le cas de Continental Re. Un investissement « qui n’a pas donné les résultats escomptés compte tenu de la situation économique du pays et qui a nécessité l’injection de nou­veaux capitaux en 2018 », estime Godfrey Chingono, directeur adjoint assurances pour l’agence sud-africaine GCR Ratings.
« D’autres filiales ont des fonda­mentaux qui s’affaiblissent et qui ont besoin de capitaux», complète l’ana­lyste sud-africain. En 2019, Sanlam a utilisé 48 millions de dollars pour recapitaliser ses activités en zone Cima, « mais avec peu de perspec­tives de retour sur investissement. Des coupes restent donc possibles », explique l’analyste.

Plus forts face à la crise

Mais à l’heure où la crise du corona­virus mobilise toute l’attention du groupe, il est probable que la direc­tion de Sanlam se concentre dans l’immédiat sur la gestion des affaires courantes. Sanlam traverse en effet « la période la plus difficile à laquelle le groupe a été confronté depuis de nombreuses décennies », a reconnu Paul Hanratty, le nouveau DG du groupe, à l’occasion de la présentation des résultats intérimaires. Au cours des six premiers mois de 2020, Sanlam a d’ailleurs affiché un résultat opération­nel en baisse de 39 %, à 3,5 milliards de rands contre 5,8 milliards en juin 2019.
« Dans l’immédiat, l’urgence pour un groupe comme Sanlam n’est pas de vendre ou d’acheter des actifs, mais bien de sécuriser ses activités», estime Patrick Vernet, expert dans le secteur des services financiers en Afrique, qui souligne la décision, intervenue en mai, de suspendre le plan d’expansion de l’assureur en Egypte et en Ethiopie.
Ralentie par la crise économique, la fusion des activités héritées de Saham avec celles de Sanlam reste néanmoins pleine de promesses, assure la direc­tion du groupe sud-africain. Pour lui donner plus de visibilité, ce dernier vient d’adopter une marque com­mune: Sanlam Pan Africa. Déclinée en Sanlam Pan Africa Vie et Sanlam Pan Africa Non-Vie, pour des activités toujours gérées respectivement depuis Le Cap et Casablanca.

 

Aurélie M’BIDA, Jeune Afrique spécial finance d’octobre 2020[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

[:fr]Regain d’appétit de Sunu, le groupe du très discret Pathé Dione[:]

Posted By: Narcisse Tankam

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Le groupe de bancassurance du vétéran franco-sénégalais n’a cessé de croître, profitant de la consolidation du secteur. Où s’arrêtera-t-il ?

Sunu est en passe d’acquérir une septième filiale africaine de l’allemand Allianz, deux ans après avoir conclu le rachat de six d’entre elles. L’assureur panafricain, fondé et contrôlé depuis Paris par l’emblématique Pathé Dione, a en effet acquis au début de 2019 les participations d’Allianz Africa dans six filiales au Bénin, au Burkina Faso (vie et non-vie), au Mali, au Togo et fusionné les activités de Sunu Assurances IARD Centrafrique avec la filiale locale d’Allianz.

Début janvier, comme l’a révélé Jeune Afrique Business ( https:/ www.jeuneafriquebusinessplus.com/fr/806593/pathe-  dione-sunu-sapprete-a-acquerir-la-filiale-dallianz-au-congo- brazzaville/), c’est sur Allianz Congo-Brazaville que Sunu jette son dévolu. Même si l’accord définitif n’est pas conclu, les autorités locales n’ayant pas, pour l’heure, validé la transaction, les tractations sont bel et bien terminées. Le holding des sociétés du groupe Sunu Participations a d’ailleurs déjà obtenu l’agrément de la Cima, le régulateur régional.

L’assurance puis la banque.

Pour les professionnels du secteur, cette razzia sur les filiales d’Allianz est d’autant plus cohérente qu’elle permet au groupe de Pathé Dione d’étendre en quelques coups son empreinte régionale au sud du Sahara.

Selon eux, cette offensive obéit à trois principes : la volonté affichée de Sunu d’élargir son périmètre ; la stratégie d’Allianz de sortie de certaines filiales trop consommatrices en fonds propres ; la nouvelle réglementation Cima qui vise au renforcement et la consolidation du secteur des assurances.

À LIRE Assurances : à qui profitent les nouvelles règles du jeu ? (https:/ www.jeuneafrique.com/mag/892877/economie/assurances- a-qui-profitent-les-nouvelles-regles-du-jeu/)

Mais l’ambitieux Pathé Dione ne s’arrête pas là. Insatiable, le groupe panafricain présent dans quinze pays d’Afrique subsaharienne et dont le total de bilan consolidé a atteint 486 milliards de F CFA en 2019 (741 millions d’euros), s’est aussi révélé offensif dans le secteur bancaire.

Après la prise de contrôle de Banque populaire de l’épargne et du crédit (BPEC) du Togo à la mi-2018, « rebrandé » Sunu Bank Togo l’année suivante, Sunu tente d’acquérir avec le capital-investisseur AfricInvest, BNP Burkina Faso (https:/ www.jeuneafrique.com/mag/860200/economie/burkina- faso-mali-guinee-simon-tiemtore-bernard-et-kone-dossongui-aux- portes-de-bnp-paribas/). Un temps considéré comme favori, et déjà présent au tour de table de la filiale ivoirienne Bicici, l’assureur jette finalement l’éponge, à la fin de 2019, face à une opération jugée trop coûteuse.

Un an plus tard, c’est le groupe Vista Bank du discret Simon Tiemtoré (https:/ www.jeuneafrique.com/1079653/economie/qui-est-simon- tiemtore-acquereur-des-filiales-de-bnp-paribas-au-burkina-et-en- guinee/). qui acquiert la majorité de contrôle de la filiale burkinabè de BNP, ainsi que de la Bicigui (BNP en Guinée).

Spirale acquisitive

La déconvenue n’est pourtant pas vécue comme un échec par l’assureur franco-sénégalais qui fêtera ses 80 ans cette année.

Au contraire, Sunu rebondit en Afrique centrale. En RD Congo d’abord, où le groupe obtient l’agrément dans le courant de mars 2020 pour planter le drapeau de Sunu Assurances IARD (https:/ www.jeuneafrique.com/907603/economie/le-panafricain- sunu-a-la-conquete-du-marche-congolais-de-lassurance/) – cinq ans après la libéralisation du secteur dans le pays.

En parallèle, il procède à l’augmentation de capital de toutes les filiales de 1 à 3 milliards de F CFA, en application de la nouvelle réglementation Cima. Puis, met le cap sur le Congo.

Une spirale acquisitive qui n’est pas sans rappeler la manière dont a été fondé le groupe il y a vingt-trois ans, avec la rencontre entre le mathématicien Pathé Dione et Claude Bébéar (https:/ www.jeuneafrique.com/126348/economie/path-dione/), le fondateur d’Axa, à la faveur du rachat par le groupe français de l’Union des assurances de Paris (UAP) dont il est alors directeur Afrique.

À LIRE Assurances : Axa repart à l’assaut des marchés africains (https:/ www.jeuneafrique.com/mag/841835/economie/assurances-axa-lafrique-a-quitte-ou-double/)

C’est à ce moment-là que le panafricain Sunu naît avec, sous son bras, les filiales africaines de l’ex-UAP. Six ans plus tard, en 2004, alors que le groupe Sunu prend forme, il reprend les trois filiales Vie d’Axa en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Gabon.

Après cette première phase de croissance externe, Pathé Dione procède à la restructuration de son groupe : le holding Sunu Finances, qui détient Sunu Participations, est chargé de la gestion des sociétés, tandis que sa filiale Sunu Services regroupe les directions centrales du groupe à Abidjan.

LA VISION DE SUNU EST CLAIREMENT PORTÉE PAR SON FONDATEUR

Dès 2011, Pathé Dione prend des dispositions pour assurer la pérennité de son « empire » en organisant son comité de direction. Ce dernier est composé de Mohamed Bah, directeur général délégué de Sunu Participations, chargé du développement international et de la stratégie ; de Joël Amoussou DG délégué responsable de la finance ; et, enfin, de Karim-Franck Dione, fils du fondateur, directeur zone hors Cima.

Leader de l’assurance-vie

Malgré sa large empreinte géographique, Sunu reste perçu comme un acteur de « petite taille » sur la marché panafricain, malgré son chiffre d’affaires consolidé de 298 millions d’euros en 2019, face à des géants tels que les sud-africains Sanlam et Old Mutual, ou encore les assureurs marocains (Wafa, RMA.).

Certes, mais dans les pays de la zone CFA, en revanche, son rôle de premier plan est difficilement contestable.

LE GROUPE CONFIRME SON AMBITION DE DEVENIR L’ACTEUR PANAFRICAIN DE RÉFÉRENCE

En Côte d’Ivoire, Sunu est le premier acteur en matière d’assurance- vie, avec plus de 30 % de parts de marché et 51 milliards de F CFA de chiffre d’affaires en 2019, loin devant NSIA Vie (18 %), Allianz Vie (16%) et Saham Vie (15 %). La Côte d’Ivoire (filiales vie et non-vie comprises) représente d’ailleurs plus d’un tiers des revenus du groupe (37 % en 2019). Sunu est également performant en assurance-vie au Burkina Faso (3e acteur, 15 % du marché en 2017), au Bénin, au Cameroun et au Sénégal (3e acteur, 28 % de parts en 2017).

À LIRE La guerre des assureurs aura bien lieu :
https:/ www.jeuneafrique.com/mag/749620/economie/finance- la-guerre-des-assureurs-aura-bien-lieu/

Pour rappel, la quasi-totalité des effectifs du groupe Sunu, avec plus de 4 000 collaborateurs, salariés et commerciaux exclusifs, est africaine.

« La vision de Sunu est clairement toujours portée par son fondateur », commente Ridha Meftah, partner chez EY Tunisie, responsable de la division Financial services consulting et Afrique francophone. « À la lumière de cette seconde vague d’acquisitions entamée fin 2018-début 2019, le groupe confirme son ambition de devenir l’acteur panafricain de référence », poursuit-il.

LE TOGO EST UN VÉRITABLE LABORATOIRE, TOUTE L’ACTIVITÉ DE SUNU Y EST REPRÉSENTÉE

Chantiers internes et externes

Cette large empreinte géographique n’est pas sans créer son lot de soucis (coûts en fonds propre, organisation, conformité.) Ce d’autant plus que Sunu mène en parallèle une « révolution » interne, au travers de son grand projet « Digitass ». Lancé il y a deux ans, il prévoit la « transformation profonde » du groupe d’ici à 2023, à travers notamment une modernisation de la relation client et un focus sur l’efficacité opérationnelle, selon le management de Sunu.

Ce programme est actuellement en cours sur un périmètre pilote du groupe avec de fortes ambitions de généralisation pour 2021 et 2022 à l’ensemble des pays de présence. Le Togo, véritable laboratoire du groupe – toute l’activité de Sunu y est représentée – permettra d’expérimenter les synergies au sein des différentes entités.

ACCÉLÉRER SON DÉVELOPPEMENT DANS LES MARCHÉS À FORT POTENTIEL HORS CÔTE D’IVOIRE

Les intégrations de filiales ont-elles déjà porté leurs fruits ? En la matière, le groupe a une stratégie reposant sur cinq points : « Renforcer sa position de leader en assurance-vie et accroître sa part de marché en non-vie », « bâtir une organisation efficace et performante », « diversifier ses activités par la création d’un pôle bancaire », « accélérer son développement dans les marchés à fort potentiel hors Côte d’Ivoire », « porter son métier sur les technologies de l’information et de la communication », détaille Pathé Dione dans le dernier rapport annuel publié par le groupe.

Pour ce qui est du développement de ses marchés, les pistes sont nombreuses. Selon Yoann Lhonneur, directeur associé du cabinet Devlhon Consulting, « les perspectives de croissance dans certains pays donnent au groupe Sunu une certaine attractivité. C’est le cas du Burkina Faso par exemple, un marché de taille importante, ou encore du Togo, avec ses opportunités dans le segment corporate. »

À LIRE Bancassurance : la grande offensive du panafricain Sunu (https:/ www.jeuneafrique.com/mag/847573/economie/bancassurance- la-grande-offensive-de-livoirien-sunu/)

En 2019, justement, la croissance de l’assurance-vie chez Sunu a été largement portée par le Burkina Faso. Au pays des Hommes intègres, le chiffre d’affaires est en hausse de 137 % (ce qui représente une progression d’environ 8,5 millions d’euros), à la suite de l’absorption d’Allianz Assurances Burkina Vie (7,3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019). À périmètre constant, le chiffre d’affaires de la filiale a progressé de 18 % par rapport à l’exercice précédent en partie du fait des bonnes performances de la branche prévoyance.

Quid du premier bilan post-acquisitions ?

Sur le segment dommages (non-vie), l’intégration des ex-filiales d’Allianz a permis d’accroître de 11 millions d’euros cumulés au Burkina et au Bénin. Toujours sur ce segment, la hausse des revenus est de 40% au Togo, pour un chiffre d’affaires boosté à 3,5 millions d’euros en 2019 et de 200 % au Mali où le CA a grimpé à 7,4 millions d’euros. La fusion-absorption des deux groupes en Centrafrique a également permis une hausse du chiffre d’affaires de 102 % la même année.

SUNU A RÉCUPÉRÉ CERTAINES FILIALES QUI PEUVENT ÊTRE CONSIDÉRÉES COMME DIFFICILES

Malgré ces avancées, certains observateurs restent sceptiques quant à la perennité de quelques un des actifs cédé à Sunu par Allianz. « Nos projections ont révélé que l’augmentation du capital réglementaire combinée aux investissements opérationnels locaux rendrait difficile le maintien de niveaux de rentabilité viables pour Allianz, étant donné le volume d’activité de ces entités », expliquait Delphine Traoré, directrice des opérations d’Allianz Africa (https:/www.jeuneafrique.com/1081035/economie/delphine-traore-allianz-africa-malgre-les-cessions-notre-chiffre-daffaires-a- triple-en-afrique/), à Jeune Afrique en novembre dernier.

« Sunu a récupéré certaines filiales qui peuvent être considérées comme difficiles. Sunu doit encore organiser les synergies et harmoniser les pratiques entre des filiales aussi différentes que la Côte d’Ivoire et le Mali », juge un expert du marché financier panafricain des assurances.

Sunu doit donc trouver le moyen de faire fructifier ses acquisitions sur de petits marchés, pour en rembourser le coût d’acquisition. Or, le groupe a par ailleurs injecté des montants considérables dans ses fonds propres, qui sont passés de près de 64 millions d’euros à 83 millions d’euros, entre 2018 et 2019.

L’impact du Covid-19

Nul doute que la pandémie du Covid-19 a « complexifié » le rachat du réseau Allianz par Sunu, alors que les marges des assureurs sont sous pression du fait d’une activité réduite et de performances fluctuantes sur les marchés financiers.

Les effets de la pandémie sur les performances de Sunu en 2020 ne seront connues que lors de la publication prochaine des résultats annuels. Il est peu probable, cependant, qu’ils amènent l’assureur à dévier de la trajectoire tracée par son fondateur et PDG, qui a doté son groupe d’un slogan qui sonne autant comme un leitmotiv qu’une mise en garde. « Notre métier, l’assurance ». Qui dit mieux ?

Aurélie M’Bida pour Jeune Afrique[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

[:fr]DEMAIN, UN COMPTE CO2 POUR TOUS?[:]

Posted By: Narcisse Tankam

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Mastercard, associé à la fintech suédoise Doconomy, vient d’annoncer la mise à disposition pour toutes les banques d’un calculateur de consommation carbone pouvant être lié aux dépenses enregistrées sur une carte de paiement ou sur un compte bancaire. A travers cette initiative, un tout nouveau rôle des banques se dessine.

Depuis plusieurs années, différents établissements financiers proposent à leurs clients de s’engager pour le climat à travers eux.

Il y a d’abord des établissements « engagés ». Avec eux, l’argent que vous laissez sur votre compte ne servira en rien à financer des activités polluantes. Ce principe de choix des déposants, déjà développé par des établissements comme le Crédit Coopératif, a été particulièrement retenu par quelques néobanques récemment lancées comme Helios (liée à Solaris Bank) en France. Et cette orientation introduit une mise en concurrence tout à fait nouvelle des banques – ainsi avec Helios, qui renvoie à cet effet à l’application Rift/Oxfam.

 

Le problème est que l’engagement des clients est alors assez passif et ne concerne pas leur propre consommation carbone. C’est pourquoi d’autres acteurs – comme par exemple la néobanque Bunq – permettent de calculer une empreinte carbone individuelle directement à partir de nos dépenses.

Pour ce faire, la plupart des acteurs se fondent sur le Åland Index, développé par la Bank of Åland, dont il est difficile de se prononcer sur la fiabilité et qui ne fournit de toute manière que des moyennes approximées de consommation de CO2. Toutefois, pour sa formule Green, Monabanq utilise, elle, les données de l’ADEME.

 

Quoi qu’il en soit, le principe est celui d’une prise de conscience, que Mastercard entend propager à l’échelle mondiale à travers les banques et la mise en place, associée à son calculateur, d’un système de récompenses, débouchant sur des projets concrets de reforestation. En quoi Mastercard ne fait que recopier l’initiative d’Alibaba/Ant Financial, lancée en 2016 : Ant Forest.

Dans le cadre de la Green Digital Finance Alliance lancée en partenariat avec le Programme environnemental des Nations unies, Ant Financial (la filiale financière d’Alibaba) a en effet mis en place un système de récompenses individuelles portant sur la réduction de sa consommation carbone à travers des comportements vertueux, comme l’usage des transports en commun ou les paiements en ligne (ce qui tombe bien pour Alipay, avec laquelle Ant Forest peut être couplée !). On gagne ainsi des points verts qu’Ant Financial convertit en plantations forestières – la plantation d’un arbre étant un acte symbolique traditionnel fort en Chine (voir la présentation vidéo ici).

Au total, le principe est celui d’une valorisation de certains comportements à travers une appli bancaire et à partir de là les activités bancaires changent de dimension !

L’idée est forte en effet : agissant directement sur les comportements, à travers le suivi et la maitrise des dépenses, les banques sont au cœur des changements sociaux et elles peuvent permettre à leurs clients d’agir sur beaucoup de choses – à travers un véritable travail de fourmis, c’est le sens même de « Ant Forest ».

Mastercard fait ainsi un pas vers cette nouvelle dimension, qui soulève un certain nombre de questions. Il suffit en effet de remarquer à quel point l’approche – plutôt infantilisante, avec ses bons points récompensant de petits efforts – est proche du système de crédit social chinois, dont Ant Financial a été le grand initiateur avec Sesame Credit. Avec les meilleures intentions, le compte CO2 pourrait être un puissant outil de contrôle et de dressage social.

Il n’y a cependant pas de fatalité mais seulement, à ce stade, l’obligation de réaliser, pour ceux que les évolutions financières intéressent, que ce qui se passe en ce domaine depuis plusieurs années en Chine, qui est considérable, n’a rien d’exotique.

Score Advisor[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

[:fr]Le désarmant succès de Chime, la première des néo-banques[:en]Brouillon auto[:]

Posted By: Narcisse Tankam

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Mal connue en France, l’Américaine Chime est la première néo-banque qui soit parvenue à concurrencer sérieusement les plus grands établissements. Ce succès, désarmant de simplicité, ne peut être ignoré par quiconque s’intéresse à l’évolution du marché bancaire.

Créée en 2013 à San Francisco, Chime n’a atteint le million de clients qu’en mai 2018. Ensuite, son développement a été fulgurant. Chime, qui est valorisée plus de 14 milliards $,  compte 12 millions de clients aujourd’hui. Elle concentre 35% de tous les comptes bancaires en ligne aux Etats-Unis et laisse loin derrière elle tous ses concurrents.

Plus impressionnant encore, en nombre de clients dont elle gère le compte principal, Chime commence à rejoindre les plus grands établissements :

Or le succès de Chime est désarmant ! Un site simplissime. Et quelques offres : pas de frais de comptes (y compris pour les retraits sur automates), deux formules d’épargne automatique, un accompagnement vers le crédit (points de score) avec sa carte de paiement, une avance de deux jours, par rapport aux autres établissements, sur le versement des salaires, aides et crédit d’impôts (s’ils sont domiciliés sur un compte Chime) et des possibilités de découvert pilotées, limitées (jusqu’à 100 $) mais sans frais.

Ces offres séduisent une clientèle populaire : les deux-tiers des clients de Chime ont moins de 40 ans. Ils ne sont que 15% à posséder un college degree (contre 44% de la population américaine) et 12% à gagner plus de 75 000 $ par an (contre 33% des Américains). De sorte que les analystes s’inquiètent, malgré le succès : Chime saura-t-elle séduire une clientèle plus aisée ? Saura-t-elle diversifier ses revenus, qui reposent actuellement trop sur les interchanges (ce qui fait que Chime n’est pas encore rentable) ?

Questions classiques. Mais Chime n’est pas une banque. Elle ne dispose pas d’une licence bancaire ainsi mais s’appuie sur The Bancorp pour tous ses traitements. Championne des levées de fonds historiques, pour une fintech, Chime a largement les moyens de développer son acquisition clients, qui représente l’essentiel de ses coûts (48 millions $ de spots tv en 2019).

Chime est un trompe-l’œil ! Sa simplicité, notamment, est très étudiée : il a fallu utiliser l’IA ainsi pour tester 216 versions différentes de sa page d’accueil sur son site. Et derrière Chime, il y a, en soutien logistique mais non en capital, The Bancorp – ce véritable passager clandestin de l’innovation bancaire, que nous présentions ici, comme tel, dès 2014.

Avant Chime, The Bancorp était notamment derrière Simple (avant son rachat par BBVA). L’une des toutes premières banques en ligne ayant été lancée, avec une formule sans frais de comptes. Longtemps, Chime a eu la même offre limitée que Simple, ainsi que le même discours, tourné vers tous les exclus, les délaissés des banques (c’est ainsi que nous présentions Chime début 2019).

Et puis Chime a redessiné son offre, tout à la fois dans le sens d’un accompagnement de ses clients et d’une différenciation affichée par rapport aux banques.

Comme toutes les néo-banques ? Non pas. La plupart des néo-banques s’adressent en priorité à une clientèle bien ciblée, vers certains segments (adolescents, communautés, …) souvent et, de manière très générale, avec une forte préférence pour les millenials urbains à potentiel. Chime est tous public et plutôt orientée vers les bas revenus.

La plupart des néo-banques entendent soigner l’expérience client – Chime se contente d’être très simple – et entendent séduire par la gratuité de produits d’appels (de plus en plus limités d’ailleurs et en tous cas facilement proposés également par les banques). Chime, avec ses versements en avance ou ses découverts gratuits, ouvre une autre voie.

Elle défend un discours assez radical :

Surtout – le fait qu’un vrai établissement bancaire comme The Bancorp soit derrière n’y est sans doute pas pour rien – Chime attaque les banques par où elles ont le plus de mal à suivre : renoncer à gagner… encore un p’tit sou !

Score Advisor

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[:fr]L’échec, très prévisible, de la DSP2[:]

Posted By: Narcisse Tankam

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Adoptée le 8 octobre 2015, la seconde Directive européenne sur les services de paiement (DSP 2) est entrée en vigueur en janvier 2018, avec un délai de mise en application jusqu’en novembre 2019. Aujourd’hui, cependant, on est encore loin d’un fonctionnement satisfaisant (voir ici). Et les effets attendus de l’open banking, notamment en termes de mobilité bancaire, n’ont été nulle part significatifs (y compris au Royaume-Uni, pays par excellence des néo-banques, qui était encore membre de l’UE quand la Directive a été publiée). La faute aux banques ? Sans doute. Mais une réaction assez inévitable aux dispositions d’une réglementation absurde.

La principale disposition de la DSP 2 oblige les banques à transférer les données clients dont elles disposent dès lors que de nouveaux acteurs non bancaires leur en font la demande, avec l’accord des clients. Ces nouveaux acteurs sont des opérateurs de paiement et des agrégateurs de compte, autant de « néo-banques » donc, proposant des services financiers aux clients des banques traditionnelles.

La DSP 2 pose ainsi le principe d’un accès ouvert et gratuit aux données bancaires, dans le but de susciter des offres concurrentes aux banques, synonymes de services nouveaux et de tarifs avantageux. A cet effet, les banques doivent donc mettre en place des API permettant ce partage de données.

Ces dispositions se fondent elles-mêmes sur le principe que leurs données appartiennent non aux banques mais aux clients, qui doivent donc pouvoir en disposer librement et gratuitement. Par ailleurs, ces orientations étaient portées par la conviction que les clients des banques n’attendaient que de trouver de meilleures offres et services et qu’ils allaient donc, dans ces conditions, changer massivement d’établissements. En l’occurrence, la DSP 2 se fondait ainsi sur deux illusions.

Que les données appartiennent aux clients auxquels elles se rapportent parait peu contestable sur le principe. Cependant, dans les faits, ces données n’existent pas en soi. De sorte qu’il suffirait de les transférer simplement d’un système à l’autre. Ces données, très dépendantes des systèmes et des institutions qui les produisent, ne sont pas du tout harmonisées. Tout un travail est donc nécessaire pour les rendre universellement utilisables. Un travail que la DSP 2 confie… aux banques. Lesquelles doivent ainsi payer pour organiser leur propre concurrence !

Aujourd’hui, la fintech Tide suggère à la Competition and Markets Authority britannique de mettre en place un système d’achat des données clients aux banques, pour faciliter la mise en œuvre de l’open banking. A rebours des principes de la DSP2 donc. Mais, dans la pratique, des intermédiaires sont apparus qui collectent et harmonisent certaines données bancaires, qu’ils revendent aux nouveaux acteurs.

Que l’on ne dise pas cependant qu’il est facile, avec le recul, de souligner tout ceci aujourd’hui. D’emblée, il était clair que l’on ne pouvait attendre des banques un grand empressement à appliquer les dispositions de la Directive ! On trouvera sur ce blog un billet qui, en 2017, le soulignait, en même temps qu’il présentait des études invitant à prendre avec beaucoup de précautions l’empressement à changer de banque que l’on prêtait au public.

Aux Etats-Unis, où les néo-banques ne se portent pas plus mal qu’en Europe, au contraire, le développement des API bancaires a été précédé par une harmonisation des normes de codification des données menée par la profession bancaire elle-même dans le cadre d’un Financial Data Exchange, sans obligation réglementaire de partage. Tandis qu’en Europe, on accuse plus facilement les banques de l’échec de la DSP2, beaucoup se refusant encore à reconnaitre l’absurdité d’une réglementation bancaire qui n’a d’autre but affiché que de pénaliser les banques et qui compte sur celles-ci pour le faire !

Score Advisor[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

[:fr]La banque des usages va-t-elle se développer sans les banques!? Le cas des avances sur salaire[:]

Posted By: Narcisse Tankam

[vc_row][vc_column][vc_column_text]A la suite de notre dernier billet, vous avez été nombreux à nous demander d’en dire plus sur les avances sur salaire, dans la mesure où celles-ci peuvent représenter une alternative aux découverts. Cela nous conduit à exposer un bel exemple en matière d’innovation financière.

L’escompte de salaires n’a rien de nouveau. Dans les pays anglo-saxons, et ailleurs, elle a toujours été la spécialité de nombreux usuriers, auxquels s’adressent ceux qui veulent disposer par avance de leur salaire sans avoir à demander ou se trouvant dans l’impossibilité d’obtenir une avance auprès de leur employeur. En ligne, les plateformes qui proposent le même service ont fleuri pour exploiter un bon filon : des emprunteurs aux revenus réguliers, ce qui diminue les risques mais pressés, voire acculés face à certaines dépenses, ce qui permet d’appliquer des taux souvent exorbitants (pour ne pas parler de pratiques carrément douteuses, pour lesquelles plusieurs plateformes ont été sanctionnées). En France, ce marché n’est pas très développé mais il existe avec des acteurs comme Cashper (un premier micro-crédit à 0% et les suivants avec un TAEG de 18%).

Rien de nouveau donc et une solution encore plus onéreuse, souvent, que le découvert bancaire. Toutefois, les choses ont commencé à changer et cela nous amène à reparler d’une fintech américaine que nous avions déjà présentée en 2015 : Even.

Alors que l’innovation financière est marquée par un suivisme généralisé, de la part de beaucoup d’innovateurs comme de ceux qui les financent, nous avions alors souligné la démarche ambitieuse et méritoire d’Even, n’hésitant pas à s’attaquer à une vaste problématique : le fait qu’être pauvre ou avoir des revenus limités coûte souvent cher !

Avec son appli, Even proposait donc de lisser et d’optimiser les revenus irréguliers ou serrés. Ceci en scrutant, en planifiant et en étalant les dépenses, tout en dégageant des opportunités de micro-épargne. En avance à l’époque (et encore aujourd’hui) en matière d’outil de PFM, Even proposait une véritable gestion de compte sous mandat pour des personnes fragiles et démunies.

Sur le marché difficile des travailleurs précaires et irréguliers, nous doutions malheureusement des possibilités de levées de fonds et de développement pour Even. Pourtant, le miracle a eu lieu ! Even a séduit des entreprises (PayPal, Noodles & Cy, …) et surtout Walmart, le premier employeur mondial, qui propose l’appli d’Even à ses 1,4 million d’employés.

Ces entreprises, en l’occurrence, ont raisonné intelligemment. Normalement, un acompte (à la différence d’une avance) sur salaire ne peut être refusé par l’employeur à un salarié qui en fait la demande. Pourquoi ne pas faciliter cette option ? Avec le niveau des taux, le coût en trésorerie (ou le manque à gagner plutôt, pour Walmart) est minime. Tandis que, ce faisant, l’entreprise conforte son image de marque et offre à ses collaborateurs une certaine stabilité appréciable – depuis la mise en place de cette solution, Walmart aurait réduit son turnover de 41%, affirme Even.

Concrètement, sur l’appli d’Even, les employés de Walmart peuvent utiliser très facilement le service Instapay d’acomptes sur salaire, tout en bénéficiant d’un outil pour mieux gérer leur vie financière. Tout est gratuit, jusqu’à huit utilisations d’Instapay par an. Walmart paie directement Even et il n’accède en rien aux dépenses de ses employés. C’est Even qui se connecte directement sur le logiciel de paie de Walmart. Il n’y a pas de crédit et cette alternative au découvert ne coûte donc pratiquement rien.

Au total, 25% des employés de Walmart utilisent Even chaque mois et 75% d’entre eux formulent des demandes d’acomptes. Tandis qu’avec son service, Even est parvenu à faire épargner 82 millions $ à une population à court de revenu. Sachant que Walmart n’a pas choisi exclusivement Even mais également une autre plateforme comparable : PayActive (qui de manière intéressante prend en compte les pourboires et frais kilométriques).

Ces démarches relèvent de ce qu’on appelle le « bien-être financier » et nous en traiterons de manière plus large prochainement. En attendant, on ne peut que se demander pourquoi les banques demeurent apparemment passives face à des services de ce type, qu’elles pourraient développer et qui sont à même de renouveler sensiblement les usages financiers de leurs propres clients (Even n’ouvre pas de comptes mais se connecte aux comptes bancaires de ses utilisateurs). Comme avec l’exemple des coachs d’épargne, dont nous avons déjà parlé, on est ainsi conduit à se demander si la banque des usages ne va se développer sans les banques !

Score Advisor[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

[:fr]La fintech prête désormais à s’imposer[:]

Posted By: Narcisse Tankam

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Alors que de nombreuses alertes ont couru tout au long de l’année dernière concernant la situation des fintechs face à la crise, les plus de 150 pages de l’attendu 2020 Annuel Fintech Almanach de FT Partners montrent cependant un impact global très limité quant aux financements. Et sur la lancée des précédentes années, la fintech semble avoir décidément franchi un cap.

On a pu craindre le pire mais, finalement, 2020 aura pratiquement été la meilleure année pour le financement des fintechs. Si les volumes (45 milliards $) ont légèrement fléchi par rapport à 2019, le nombre de deals (1 989) est un record. C’est l’inverse pour les opérations de fusion-acquisition impliquant des fintechs : un record en volumes (276 milliards $) et le deuxième meilleur score en nombre de deals (969).

Dès lors, il faut élargir la focale. En 10 ans, le financement de la fintech est passé de 5,2 milliards $ à 45,1 milliards $. De 458 à 1 989 deals. Et c’est surtout la taille des financements qui est impressionnante : les tickets de plus de 100 millions $ sont passés de 11 à 105 et l’on a compté 10 financements de 500 millions $ et plus en 2020 contre un seul en 2019.

Sachant que dans ce total, le secteur des néobanques et des alternative lenders est le mieux représenté, cela signifie que le marché est désormais capable de doter certains nouveaux acteurs de moyens leur permettant de véritablement rivaliser avec les plus grandes banques.

 

Par ailleurs, les financements et investissements transfrontières sont de plus en plus importants. En 2020, 28% des financements de fintechs européennes ont été réalisés par des investisseurs américains. Tandis que les opérations de M&A transfrontières dépassant le milliard $ sont passées de 23 en 2019 à 42 en 2020.

Seules quelques fintech françaises, comme Qonto, apparaissent parmi les plus gros deals de 2020. Elles sont notamment absentes des principaux alternative lenders.

Cela semble notamment tenir à leur faible internationalisation. Car une nette différence apparaît entre les fintech et néobanques américaines (Affirm, Chyme), qui peuvent gérer leur développement sur leur seul marché domestique, compte tenu de sa taille, et les Européennes, particulièrement anglaises et suédoises (Revolut, Klarna) qui, pour se distinguer, ont su très vite gérer un développement sur plusieurs pays.

Quoi qu’il en soit, il semble bien que les fintechs, à présent, vont véritablement pouvoir s’imposer.

Score Advisor[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

[:fr]Vers la fixation de quotas en matière de crédits?[:]

Posted By: Narcisse Tankam

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Le Fonds Monétaire International vient de publier un article dont le titre ne peut manquer d’attirer l’œil : The new Morality of Debt. Il ne s’agit que de l’opinion d’une chercheuse d’Oxford, Nikita Aggarwal mais il est facile d’imaginer que ses idées puissent être partagées au sein du FMI, comme en d’autres instances de régulation financière et qu’elles puissent trouver assez vite des prolongements réels. D’autant que ce que suggère l’article représente l’issue assez logique d’un débat qui a maintenant plus de dix ans.

Ce débat est assez simple. D’un côté, l’utilisation dans le cadre d’une décision d’octroi de crédit de données personnelles diverses – telles que celles apparaissant sur les réseaux sociaux ou tirées d’un pistage de l’utilisation des téléphones portables – sans qu’on le sache ou sans qu’on sache exactement lesquelles et donc à notre insu, est « moralement » (c’est le terme qu’utilise l’article) inacceptable. Cela représente une atteinte à la vie privée, ainsi qu’à l’identité et à la dignité personnelles.

D’un autre côté, cependant, cela peut renforcer la bancarisation de tous ceux qui n’accèdent pas facilement au crédit et notamment de certaines minorités, pour lesquelles la disponibilité de données peut amener, contre certains préjugés, à revoir les évaluations a priori négatives qu’elles subissent souvent. Et comme, automatisée, elle rend de plus les traitements moins onéreux, la « datafication » du crédit favorise finalement l’inclusion financière.

Donc, que faire ? Réglementer et obliger les prêteurs à justifier rigoureusement l’utilisation qu’ils font des données à caractère personnel.

Si c’est le FMI qui le dit, les établissements financiers doivent peut-être prévoir ainsi l’arrivée prochaine de plusieurs nouveaux mètres-cubes de réglementation. Il leur faudra démontrer que leurs algorithmes ne discriminent personne, qu’ont été mises en place des procédures pour le vérifier, que les résultats de ces vérifications sont bien intégrés en amont pour l’élaboration des algorithmes, etc.

C’est que l’article entérine finalement la situation qu’il dénonce. Sous réserve de la mise en place de contrôles réglementaires, il n’envisage aucun moyen pour rompre une situation qu’il présente comme générale. L’article parait en effet admettre qu’un scoring totalement automatisé et fondé sur l’analyse de données personnelles peut suffire pour l’octroi de crédits. Pourtant de moins en moins d’acteurs pensent effectivement que ce puisse être le cas.

Le crédit obéit à une dialectique assez simple : plus on se fonde, pour estimer les capacités de remboursement, sur des critères stricts, plus on sélectionne des emprunteurs qui n’ont pas besoin de crédit ou qui n’ont aucun mal à l’obtenir aux meilleures conditions. Pour gagner sa vie, il faut donc baisser les critères, accepter des risques et là, très vite, les choses deviennent incertaines. Que le traitement algorithmique de données puisse changer radicalement ce constat a pu représenter une piste intéressante mais qui parait désormais insuffisante. En fait, l’octroi de plus en plus automatisé de crédit pourrait bien faire assister au grand retour des sociétés de recouvrement !

En regard, on peut sérieusement se demander sur quoi, sur quels principes et quels éléments, une réglementation concernant l’usage de données personnelles pourrait précisément se fonder, pour ne pas être factice face à des problématiques complexes. Il y aurait cependant une façon simple de procéder si le but, comme le suggère l’article, est d’éviter que des communautés ne soient discriminées. Il suffirait de vérifier qu’elles sont représentées à un certain niveau dans les portefeuilles de prêts. Ce qui reviendrait à introduire des quotas de crédit.

Score Advisor

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[:fr]La banque des usages va-t-elle se développer… sans les banques!?[:]

Posted By: Narcisse Tankam

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Aujourd’hui, compte tenu du niveau des taux, l’épargne a perdu beaucoup de ses attraits. Pour les banques, comme pour leurs clients. Lesquels, depuis plusieurs années, ont tendance à laisser leurs économies simplement sur leur compte courant (auquel est assimilé le Livret A). En revanche, parvenir à mettre de l’argent de côté suscite une forte demande ! En tant que produit, l’épargne a perdu beaucoup d’intérêt. Mais pas en tant qu’usage. Le problème est que les banques restent focalisées sur le produit, quand d’autres acteurs qu’elles désormais se consacrent à faciliter l’usage.

En France, le phénomène est très peu apparent. En France, les banques ont (pour le moment encore) la chance d’avoir des compétiteurs essentiellement tournés vers les paiements ou des services quasi comparables aux leurs mais en ligne. Seules quelques néo-banques, comme celles dédiées aux jeunes, commencent à les challenger sur les usages, les modes de vie et les tendances.

Aux Etats-Unis, en revanche, la situation est d’ores et déjà très sensiblement différente, selon les chiffres que publie le cabinet de conseil Cornerstone Advisors. Parmi les possesseurs d’un smartphone, 76% utilisent une app pour gérer leurs finances. Le pourcentage atteint 93% chez les 21/40 ans, 81% chez les 41/55 ans et même 56% chez les Baby boomers. Or, dans la plupart des cas, ces app ne sont pas celles de leur banque principale.

Ainsi, pour les aider à épargner :

Il y a les produits : les comptes d’épargne que proposent les banques, aux taux insignifiants. Et puis il y a l’usage, qui dans le contexte de crise actuel est particulièrement sensible. Selon l’enquête menée par Cornerstone Advisors, ceux qui utilisent des coachs d’épargne parviennent à mettre de côté en moyenne 600 $ en plus de leur niveau courant d’économies. Avec les taux moyens de rémunération que proposent les banques américaines, il faut disposer d’au moins 1,2 million $ d’épargne pour gagner 600 $ !

Cela, les banques ne le réalisent pas, souligne Ron Shevlin, le Managing Director de Cornerstone Advisors, parce que cela ne se traduit pas pour elles par une perte importante de clients. Ceux-ci, dans leur majorité, ne quittent pas pour autant leur banque principale. Une autre étude le montre : 76% des Américains qui achètent en ligne utilisent pour cela l’appli de leur banque principale. Mais ils n’utilisent cette appli que pour des fonctions de base :

Nous avons ainsi affaire à une nouvelle forme de multibancarisation. Par les usages. Qui voit les clients se tourner vers d’autres services pour guider leurs comportements financiers. Ce qui signifie que le compte courant sera de moins en moins le support d’une relation nourrie et durable.

Score Advisor[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]